Hypnocratie
Et si le remède à l'hypnocratie c'était l'hybridation ?
Le mot #stimulant
Trump, Musk : l’hypnocratie ou l’empire des fantasmes - Le grand continent
La notion d’hypnocratie — la puissance et la domination des fantasmes — permet de décrire ce système où le pouvoir opère directement, c’est-à-dire algorithmiquement, sur la conscience, créant des états altérés permanents par la manipulation digitale de l’attention et de la perception.
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Alors que la plupart des analystes se concentrent encore sur des phénomènes tels que les « fake news » ou la « post-vérité », à Washington nous assistons à une transformation bien plus profonde : l’émergence d’un système où le contrôle s’exerce non pas en réprimant la vérité, mais en multipliant les récits au point que tout point fixe devient impossible.
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Le discours atteint son apogée méta-hypnotique lorsque Trump déclare : « en Amérique, l’impossible est ce que nous faisons de mieux ».
Cette déclaration ne relève pas simplement de l’argument recuit du marketing politique, elle doit être comprise comme un moment de reconnaissance simultanée de la nature impossible des promesses de Donald Trump et de la transformation de cette impossibilité en preuve réelle de son pouvoir. Le rituel hypnocratique repose sur l’autorisation de croire en l’incroyable. La célébration de la transe comme état de conscience supérieure est la clef de son mystère.
En manquant cette dimension, les progressistes restent prisonniers d’une cage épistémologique fatale : leur incapacité à comprendre la dimension mythopoétique du pouvoir les condamne à une marginalité stratégique perpétuelle. Alors qu’ils continuent à opposer des arguments rationnels, des données et un raisonnement logique, ils ignorent totalement que le pouvoir contemporain opère désormais exclusivement par la modulation des états de conscience.
Leur critique reste prisonnière du modèle de communication des Lumières, où la vérité doit triompher par son mérite intrinsèque, sans comprendre qu’elle est désormais un produit esthétique, une expérience collective générée par la répétition, l’émotion et la suggestion d’une réalité algorithmique. Leur rationalité fondée sur la responsabilité est devenue une prison, un refuge autoréférentiel qui les éloigne de plus en plus de la capacité à générer des imaginaires collectifs capables de mobiliser le désir et la croyance.
Pourquoi ce mot ? L’hypnocratie, ou l’art de gouverner par la saturation des récits et la manipulation des états de conscience, plutôt que par les faits et la vérité. Le constat est d’autant plus puissant qu’il est désarmant. Ce qui est en échec ici c’est la capacité du progressisme à produire des récits. Tout se passe comme si l’émancipation avait été désactivée, tuée l’idée d’un grand récit de la protection des uns par l’exclusion des autres. Je crois que la contre-révolution réactionnaire a ce moteur : la protection contre l’angoisse des ouvertures.
A mon sens l’hypnocratie est donc moins l’échec de la raison des Lumières que celui du grand récit des altérités qui libèrent. C’est la saturation des discours sur la mondialisation et les transitions nécessaires qui ont amené un retour de volonté de pureté, caractéristique du fascisme.
Ce qui est intéressant ici est la prise de conscience du caractère performatif des discours de pouvoir et de la saturation des espaces médiatiques. Ce n’est pas nouveau depuis Yves Citton et son Écologie de l’attention. La force du récit se referme sur ceux qui en ont sous-estimé la puissance politique.
La saturation des récits et la manipulation des consciences ne concernent pas que la politique. La littérature, elle aussi, peut être réinventée pour résister à ces mêmes effets et retrouver sa puissance critique.
L’article #inspirant
Qui a peur de la théorie littéraire ? – sur L’ordinaire de la littérature de Florent Coste - AOC
S’il est vrai que ce récit a fini par coloniser nos imaginaires, on ignore cependant comment il a également engendré un virage réactionnaire, voire néolibéral, dans le domaine de la théorie littéraire. Cela peut évidemment surprendre : comment la théorie littéraire, caractérisée par l’esprit de méthode analytique, la distance, le refus de tout utilitarisme marchand, et une volonté de « briser les codes » pour rendre visibles les mécanismes idéologiques qui sous-tendent les productions culturelles, peut-elle se plier à cette logique, et surtout à qui profiterait-elle ? Ce passage se fait quand la théorie perd toute valeur d’usage, toute force de subversion, se dépolitise, se bachote pour n’être réduite qu’à un corpus de croyances et de doctrines qui célèbrent la beauté du style, le sacre de l’écrivain, la singularité, et autres fétiches.
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Quel usage politique (non risible) de la littérature, de la théorie littéraire ou de la littérarité sont alors possibles à l’ère du néolibéralisme ? Plutôt que d’adopter la posture de surplomb qui caractérise souvent l’épistémologie des études littéraires, Coste propose une politique de la littérature qui ne se fonde ni sur une opposition entre des régimes de littérarité ou une dissolution des hiérarchies (Rancière), mais sur les acteurs sociaux, « à la hauteur de celles et de ceux qui écrivent, éditent, fabriquent, lisent, critiquent la littérature ». Ainsi il ne s’agit pas d’écrire « sur » la littérature, mais « dans » ou « avec » ceux qui font qu’elles existent.
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Par les techniques d’écriture et les approches que développe cette littérature, Coste montre très bien comment une partition entre écriture littéraire et ordinaire est en soi peu pertinente et comment le développement d’écritures « grises » (comme dans « les documents poétiques » de Franck Leibovici) est amené à devenir essentiel dans la formation de problèmes publics (John Dewey).
Pourquoi cet article ? J’ai lu ce livre et j’ai beaucoup apprécié l’approche ! Remettre la théorie de la littérature à hauteur des usages permet de sortir des fétichismes très bien décrits par l’auteur. Fétichisme de la théorie surplombante, ou de celle qui décortique en boucle, révèle les rapports sociaux et dépolitise. Ceux qui on pratiqué l’analyse littéraire à haute dose (ce fut mon cas) savent qu’il faut longtemps pour s’en désintoxiquer et revenir à une relation plus spontanée aux mots.
Ce que Coste encourage c’est une théorie littéraire qui prend au sérieux la littérature-dispositif, celle qui crée le trouble celle qui révèle l’implicite comme dans le livre Argent de Christophe Hanna qui met en lumière la fausse autonomie financière des poètes. On est bien loin d’une littérature qui se dit politique parce qu’elle…. aborde des thèmes politiques.
Et s’il fallait, pour reprendre le mot de Paul Valéry cité dans le livre, révéler la fiducia c’est à dire les pouvoirs des langages symboliques et institutionnels qui font fonctionner nos sociétés ? Affronter l’Hypnocratie supposerait alors de croire à nouveau en la possibilité de penser sa subversion ou sa submersion
Rester à hauteur de réel c’est ne pas donner plus de pouvoir à la littérature qu’elle ne peut en avoir. C’est surement l’hybrider, ne jamais l’isoler, dans l’espoir qu’elle nous accompagne sur le chemin de la refonte des émancipations protectrices.
Le #carton_rouge
La poésie générée par l'IA est indiscernable de la poésie écrite par l'homme et est évaluée plus favorablement - Nature (traduction automatique)
Nous avons constaté que les poèmes générés par l'AI étaient évalués plus favorablement dans des qualités telles que le rythme et la beauté, et que cela a contribué à leur identification erronée comme l'auteur de l'homme. Nos résultats suggèrent que les participants employaient des heuristiques partagées mais erronées pour différencier l'IA de la poésie humaine: la simplicité des poèmes générées par l'AI peut être plus facile pour les non-experts à comprendre, les conduisant à préférer la poésie générée par l'AI et à mal interpréter la complexité des poèmes humains comme des poèmes humains comme incohérence générée par l'IA.
Pourquoi ce carton-rouge ? Voilà l’illustration parfaite des effets destructeurs du capitalisme probabiliste de l’IA. Mettre la poésie dans une case, la faire analyser comme un “langage original”, puis déclarer sa mort cérébrale. C’est juste tragique à tout point de vue parce que cette étude suggère que le jeu de langage n’est plus authentiquement humain, comme s’il l’avait été un jour !
Le présupposé de l’étude est : “si ce n’est pas possible de repérer l’humanité artistique pure dans la poésie (fétiche ultime) alors nous vivons dans un monde faux et sans espoir”. On est en plein dans l’illusion d’une pureté humaine par rapport à la technique, on est en plein dans les refus des hybrides qui ont le plus fascinant de l’espèce humaine. C’est ce refus qui est une des sources du fascisme.
Voilà pourquoi Coste a raison de célébrer une poésie hybride, une poésie du trouble, à hauteur de problèmes sociaux.
L’IA, en standardisant le langage et la poésie, nous rappelle les risques d’une culture formatée. Face à ces menaces, les initiatives associatives prouvent que la résilience se construit dans le concret et la réciprocité.
Initiative #réjouissante
Le développement d’une plateforme de mutualisation des ressources à destination des associations artistiques pendant plusieurs années, puis le développement depuis dix ans du pôle accompagnement ont également renforcé la dynamique de partenariat entre acteurs, non seulement sur le territoire marseillais, mais aussi à l’échelle régionale. »
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« Un premier choix a concerné leur gouvernance et plus précisément, une réflexion sur le conseil d’administration, à la fois sur son élargissement à une plus grande diversité de parties prenantes et sur son rôle de soutien à l’équipe salariée. Ces évolutions de la gouvernance ont pris appui sur des logiques relevant de la réciprocité, basées sur l’adhésion au projet, l’engagement militant, la proximité des acteurs, la mutualisation des compétences et le renforcement des dynamiques participatives, que ce soit entre administrateurs et salariés ou entre différentes parties prenantes (par exemple en encourageant la participation des artistes). »
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« Dans l’étude, nous mettons en lumière que les multiples réseaux auxquels l’association participe ou qu’elle tisse, lui permettent d’accéder à des ressources diverses (accès à des services, par exemple à une offre d’hébergement d’artistes gratuite par des spectateurs, aide à l’installation de scènes, etc.)
Pourquoi cette initiative ? Là justement on est dans le concret de l’existence associative et l’étude est intéressante parce qu’elle met en lumière les logiques de réciprocités entre acteurs. Une manière de briser les catégories et les étiquettes administratives pour comprendre la réalité des réseaux enchâssés sur les territoires. La résistance à l’hypnocratie réactionnaire se joue ici.
Les logiques de coopération et de mutualisation offrent déjà des alternatives puissantes. L’Islande pousse ce principe plus loin en expérimentant un droit concret à l’hybridation professionnelle, un véritable laboratoire des imaginaires.
Dispositif #Robuste&Désirable
Reykjavik lance le premier "Droit à l'Hybridation" au monde
L'Islande expérimente un congé rémunéré de trois mois pour découvrir d'autres métiers
REYKJAVIK - Le 15 août 2025, l'Islande devient le premier pays au monde à inscrire dans sa législation le "Droit Individuel à l'Hybridation" (DIH). Cette mesure révolutionnaire permet à tout actif de prendre jusqu'à trois mois tous les cinq ans pour s'immerger dans un autre métier, sans obligation de résultat.
"Une révolution douce" selon la Première ministre
"Nous voulons casser les silos professionnels qui fragmentent notre société", explique Katrín Jakobsdóttir lors de la signature de la loi. "L'Islande compte 370 000 habitants. Nous avons l'échelle parfaite pour tester cette utopie réaliste."
Le principe est simple : chaque citoyen actif peut, via une plateforme dédiée, candidater pour observer un métier différent du sien. Un développeur peut suivre des éleveurs de moutons, une enseignante s'immerger dans une centrale géothermique, un pêcheur découvrir l'édition.
L'hybridation : devenir temporairement "entre-deux"
"Ce qui est hybridé, c'est l'identité professionnelle de la personne", explique Elísabet Jónsdóttir, sociologue conceptrice du dispositif. "Pendant trois mois, vous n'êtes plus seulement comptable ou professeur. Vous devenez comptable-fermier, professeur-pétrolier. Cette position 'entre-deux' génère un regard inédit sur les deux univers."
Cette durée de trois mois n'est pas anodine : "Assez longue pour dépasser le tourisme professionnel, assez courte pour garder son identité d'origine", précise la chercheuse. "L'hybridation réussie produit des récits neufs dont notre démocratie a besoin."
Un système de tirage au sort et d'accompagnement en binômes
Face à la demande massive (2 847 candidatures en trois semaines pour 400 places par trimestre), l'Islande a opté pour un tirage au sort transparent. "C'est plus démocratique qu'une sélection sur dossier", justifie le ministère du Travail.
Innovation du dispositif : la possibilité de candidater en binôme. "Deux collègues, deux amis, un couple peuvent vivre l'expérience ensemble s'ils le souhaitent", précise Elísabet Jónsdóttir. "Cela crée une dynamique d'échange pendant l'immersion et facilite ensuite la mise en récit partagée."
"Un stage de troisième pour adultes"
"L'inspiration vient du stage de découverte de troisième", reconnaît volontiers la conceptrice du programme. "Mais là où les adolescents découvrent le monde du travail, les adultes redécouvrent la diversité de leur propre société. C'est un stage de troisième à 35, 45 ou 55 ans."
Cette référence assumée désacralise l'expérience. "Pas besoin d'être un expert pour observer. Il faut juste retrouver cette curiosité de l'adolescent qui découvre", sourit Þórsteinn Magnússon, le professeur de littérature qui a passé deux mois sur une plateforme pétrolière.
Une approche sans tabou mais consciente
Originalité du dispositif islandais : tous les secteurs sont ouverts à l'observation, y compris les industries extractives et pétrolières. "Nous ne censurons aucune activité économique, mais nous contextualisons", précise Elísabet Jónsdóttir.
Avant toute immersion, chaque participant suit obligatoirement une journée de formation sur l'urgence climatique mondiale, animée par des scientifiques de l'Institut météorologique islandais. "Comprendre les enjeux planétaires permet d'observer chaque métier avec le bon niveau de complexité", explique-t-elle.
Cette approche génère des témoignages surprenants. Þórsteinn Magnússon témoigne : "J'ai vu des hommes compétents et inquiets pour l'avenir de leur métier. Mon carnet de bord explore cette tension entre expertise technique et conscience écologique. Je ne suis plus le même enseignant depuis."
Premiers résultats encourageants
Sigrid Ólafsdóttir, 34 ans, comptable à Reykjavik, vient de terminer trois mois dans une ferme aquaponique en binôme avec sa collègue Kristín. "À deux, on se posait plus de questions. Je n'ai rien révolutionné dans leur système, mais j'ai compris la complexité de nourrir un pays. Cette hybridation temporaire a transformé ma façon de voir les chiffres : ils racontent maintenant des histoires de terre et d'eau."
L'originalité du dispositif : l'obligation de laisser une "trace publique" de l'expérience. Podcast, carnet de dessins, objet fabriqué... Le "Registre National des Expériences Hybrides" recense déjà 847 témoignages.
Un financement solidaire original
Le DIH est financé par un prélèvement de 0,3% sur la masse salariale, redistribué via un fonds mutualisé. "C'est moins que le coût d'un conflit social", calcule le ministère des Finances.
La seule condition : "aucune obligation de productivité". Les "hybrideurs" observent, questionnent, documentent, mais ne doivent pas "optimiser" leur lieu d'accueil.
Des demandes d'exportation
Trois pays observent déjà l'expérience islandaise : le Danemark, la Nouvelle-Zélande et l'Uruguay. "L'Europe nous regarde avec curiosité", sourit la ministre du Travail, Ásta Ragnheiður Jóhannesdóttir.
Le prochain défi ? Gérer la demande croissante tout en préservant l'esprit du dispositif. "Notre objectif : que chaque Islandais ait vécu au moins une hybridation professionnelle dans sa vie", conclut la Première ministre.
L'Islande confirme une fois de plus sa réputation de laboratoire social européen, après avoir été pionnière sur la semaine de 4 jours et le revenu de base territorial.
Cet article est issu des réflexions prospectives du Ministère du futur….
Pourquoi ce dispositif ? Ce qui frappe les esprits habitués à la performance ici c’est l’absence de mesure objectivée pas de taux de reconversion mesurable, juste un nombre de graines plantées un nombre de récits. Finalement l’enjeu c’est moins le travail que les imaginaires bousculés par les expériences. Bon et après tout, c’est la loi en Islande donc les gens ont pris l’habitude de s’hybrider. Les employeurs paient, ils pensent que ça valorisent les métiers et améliore leur image, mais comme personne ne le mesure…
Face à l’hypnocratie et à la saturation des récits, une question s’impose : comment réenchanter le monde sans tomber dans les pièges du pur fantasme ou du désenchantement technologique ? Les exemples islandais, littéraires ou associatifs le montrent : l’hybridation des savoirs, des expériences et des imaginaires n’est pas une fuite, mais une arme. À nous de l’affûter – entre raison et poésie, critique et création, pour inventer des futurs qui libèrent plutôt qu’ils n’enferment.




